D comme Déclassement social


Le déclassement social est un sujet trop peu étudié en histoire, malheureusement. Et les généalogistes n’échappent pas à ce manque. En effet, on a tendance à moins s’intéresser aux déclassés qu’à ceux qui ont vécu une ascension sociale. De plus, l’ascension laisse davantage de traces que le déclassement.

Alors comment faire ?
Il n’y a pas de méthode miracle pour aborder le déclassement. Il faut d’abord une bonne dose de hasard. C’est le hasard qui vous fera découvrir parmi vos ancêtres un roi ou autre (surtout autre) dont la descendance se déclasse. J’ai un ou deux cas impressionnants dans ma généalogie, mais étant en plein challenge A-Z, je n’ai pas le temps de pousser à fond la recherche ; ce sera pour un prochain article. De plus, mon master sera sur l’autre famille qui se déclasse, donc je ne peux rien dire avant la publication (dans un an).
En quoi est-ce intéressant d’étudier une famille qui se déclasse ?
Qui ose ? Qui ose poser ce genre de question ? Nous sommes des généalogistes, des historiens, des chercheurs, et nous aimons la connaissance pour elle-même. La quête du déclassement social chez des ancêtres ou collatéraux a ceci de formidable pour nous qu’elle nous permet d’attaquer l’histoire avec un autre point d’approche. On peut mêler les disciplines, avec notamment la sociologie. Y a-t-il une sociologie du déclassement ? Peut-on tirer des conclusions générales à partir de cas particuliers ? Peut-on apercevoir un phénomène global ?
Et d’ailleurs, c’est quoi se déclasser ? Boudon reprochait à ses adversaires de ne chercher que l’ascension impressionnante, sans tenir compte du fait que celui qui est dans une classe sociale E et qui passe à la classe sociale C a vécu une ascension. Le chemin inverse est vrai aussi. Celui qui était roi puis devient indigent est impressionnant, mais celui qui passe de ménager à travailleur subissait aussi un déclassement.
Si je ne puis vous proposer de méthodologie, c’est simplement parce qu’il n’en existe pas. Les historiens travaillent sur ce thème, même s’il ne rencontre pas encore beaucoup d’échos. On citera l’ouvrage sous la direction de Gilles Chabaud aux PULIM sur le classement, le déclassement et le reclassement. On notera en sociologie les travaux de Camille Peugny. Mais à part cela, beaucoup d’études sur l’ascension et trop peu sur le déclassement.
Comme je l’ai dit, il faut de la chance car souvent, la famille déclassée tombe dans l’oubli le plus complet, les branches déclassées sont anéanties de la mémoire familiale et c’est au gré de recherches que l’on trouve ces gens.
Une fois qu’on a trouvé ces personnes vient le plus dur. Comment expliquer le déclassement ? Pour cela, il faut faire un travail d’historien, en plusieurs étapes :
– Réunir un maximum d’actes sur les personnes étudiées
– S’élargir aux familles alliées voire à une commune entière
– Comparer les biens dans le temps (rôle de taille, achat/vente, quittance, insolutondation, dettes, etc.)
– Regarder le contexte global (du pays) et local (des environs)
– Lire des ouvrages sur le thème (par exemple, vous travaillez sur des paysans, alors lire des livres généraux sur les paysans puis plus précis soit sur votre région, soit sur d’autres pour avoir des approches comparatives)
Et le plus dur est certainement d’arriver à en tirer des conclusions… qu’on pourrait qualifier plutôt d’hypothèses. Vous pouvez avoir de la chance et tomber sur un livre de raison (cherchez-les dans les Archives Municipales ou Départementales, parfois avec les archives notariales dans les cotes) que vous trouverez peut-être dans les archives révolutionnaires. Pourquoi ? Car  les familles suspectes virent leurs papiers de famille confisqués. On ne sait donc jamais ce que vous pourrez y trouver.

Sur ce, bonnes recherches !

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7 réflexions sur “D comme Déclassement social”

  1. Très intéressant ! C'est effectivement un sujet dont on entend rarement parler, et cet article donne envie d'en savoir plus !
    Merci pour ces pistes de recherches 🙂
    Elise

  2. Super intéressant. J'ai dans mes branches un certain nombre de fils derniers nés, qui visiblement ont eu une vie moins aisée que le fils ainé, et au bout d'une ou deux générations, on voit une vraie différence au niveau de la descendance. Voilà qui me fait réfléchir 🙂

  3. C'est en remontant sa généalogie que l'on comprend son déclassement. Mes Grands parents et 4 AGP étaient chiffonniers aux Puces. Leurs aiëux étaient des notables très aisés d'Auvergne, dont un Maire.

  4. Très intéressant comme article Thomas. Les recensements sont une base de départ pour suivre l'évolution sociale d'une famille et sa descendance : évolution des métiers, des employés (s'il y en avait), type de maison… Autant d'indices qui peuvent nous mettre sur la piste, à condition d'étudier des archives auxquelles le généalogiste ne pense pas systématiquement.
    J'attends avec impatience que tu partages ta méthodologie et tes pistes de recherche !

  5. Vraiment intéressant cette idée. Je vais observer certaines branches de ma forêt sous cet angle. Le déclassement social est parfois difficile à évaluer, car car ce n'est pas toujours lié à une grande perte économique, mais encore une perte du capital culturel et des relations sociales. A étudier sur plusieur générations.

  6. Un point de vue très passionnant, on a envie d'en savoir plus, sans parler de déclassement, l'évolution d'une fratrie est souvent étonnante et surprenante. Il y a ceux qui grimpent dans l'échelle sociale et ceux qui restent sur le chemin, et souvent je me questionne. Je vais chercher le sens de "insolutondation" !

  7. Merci pour cette réflexion qui donne envie d'en savoir plus !
    Je me suis déjà posée cette question de pourquoi ce déclassement ? j'ai dans mes ascendants des avocats en parlement, des rentiers puis des laboureurs, cultivateurs … Je rejoins Brigitte, il semblerait effectivement que le rang de naissance puisse être une cause.

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