Faut-il euthanasier les associations de généalogie ?


C’est un débat lancé ce matin sur Twitter, avec notamment l’intervention de Chroniquesdantan.com .
D’avance, je sais que cet article va soulever des commentaires offusqués dans les Cercles Généalogiques, alors, un conseil, lisez tout avant de me jeter l’anathème.
Je m’étais plaint, jadis, d’un article contre les jeunes généalogistes par un monsieur de Généalogie & Histoire. Aujourd’hui, Sacrés Ancêtres! récidive avec un nouveau coup de gueule contre certaines associations.
Les associations de généalogie souffrent d’une chose : elles sont archaïques pour beaucoup. Cotisation par chèque, accès à des relevés seulement au local ou à des prix sinon élevés, du moins dissuasifs pour beaucoup.
Les associations se sont pour beaucoup concentrées sur les BMS/NMD et, depuis que les registres paroissiaux et d’état-civil sont en ligne, elles n’ont pas changé. Elles effectuent les mêmes dépouillements et il est toujours aussi compliqué/onéreux d’avoir accès aux relevés. Et puis payer 30€ un relevé papier quand on cherche deux ou trois actes, ça fait mal au derrière, c’est comme acheter un livre pour lire une note de bas de page. Il est temps de passer à autre chose, de dépouiller les notaires, les recensements, les archives fiscales, les cadastres, etc. Avec de nouveaux projets, de l’inédit, je suis sûr que les associations auront davantage de membres et de bénévoles. Parce que dépouiller les BMS en ligne, je peux le faire de chez moi (et je le fais, d’ailleurs). Mais dépouiller les notaires, faut aller aux AD.
Certains diront que beaucoup d’adhérents n’ont pas Internet. C’est vrai, mais il s’agit de l’ancienne génération. Dans 20 ou 30 ans, quand tout le monde se servira d’Internet, où seront les associations ? Ne sont-elles pas en train de mourir parce qu’elles n’évoluent pas ?
Alors, il y a des progrès, des choses formidables faites par les associations. Je pense au système Geneabank, qui est d’une aide précieuse. Je pense à certains départements où le relevé systématique mis en base de données est indispensable à la reconstitution des familles (merci à l’AGAM et à son travail fabuleux sur les Alpes-Maritimes) et certains commencent à dépouiller les notaires (je pense à l’AG13 qui a fait un gros travail même si les relevés — et c’est déjà pas mal — se basent surtout sur des rubriques). Il faut aller plus loin.
Comme je ne compte pas écrire un article polémique juste pour le plaisir, je vais faire deux propositions :
– Numériser tous les relevés et les rendre disponibles sur Internet au moins pour les adhérents. Je viens de dépenser presque 80€ pour m’acheter des relevés systématiques et je ne sais même pas si j’y trouverai quelque chose d’intéressant. L’avenir, ce n’est plus l’association généalogique avec des membres du coin, c’est une ouverture vers ceux d’autres régions, d’autres pays, qui ne peuvent pas se permettre de dépenser des milliers d’euros dans des relevés associatifs (à but non lucratif qu’ils disaient). Cette idée ferait entrer moins d’argent par les relevés mais augmenterait considérablement le nombre d’adhérents, donc je ne suis pas certain que l’association perdrait de l’argent. Elle pourrait même gagner des bénévoles…
– Une cotisation unique de la FFG qui permettrait d’accéder aux relevés de toutes les associations membres. C’est la proposition sur Twitter de Chroniquesdantan.com . Cela pourrait aussi être une bonne idée.
Aujourd’hui, les généalogistes, de chez eux, font les mêmes relevés systématiques que les associations et les publient en ligne, font des reconstitutions de familles. Sur mon arbre Prat Généalogie se trouvent les reconstitutions des familles de Saint-Sauveur-sur-Tinée, d’une partie de Rimplas et de Valdeblore. Je travaille actuellement à reconstituer les familles de La Tour-d’Aigues (Vaucluse) et je dépouille les tables décennales de mariages un peu partout en Provence (notamment dans l’arrondissement de Grasse). Mais je ne suis qu’un amateur comparé aux publications en ligne de F. Barby, de D. Verlaque, de J.-J. Laffra et de bien d’autres qui ont reconstitué des villes entières ou ont mis en ligne des dépouillements impressionnants.
Les BMS/NMD en ligne et les relevés gratuits creusent la tombe des associations. Faire des activités dans les petits villages alentours, c’est bien, se montrer à Poitiers, c’est super, mais quid des potentiels membres de Lille, de Marseille, de Bordeaux ou de Brest qui ne peuvent se rendre ni à la présentation de l’association, ni au local, ni au Congrès ?
Les associations peuvent être utiles localement, mais leur survie dépend surtout de leur portée et de ce qu’elles offrent. A l’ère du numérique, de la communication, il faut que les associations songent à s’étendre hors des frontières confortables de leur commune ou de leur département.
Les revues généalogiques manquent de rédacteurs, les associations manquent d’argent, les adhérents ne veulent pas prendre la relève parce que certains conseils d’administration sont comme des cours de récréation avec ses clans et ses règles. Il faut que les associations évoluent si elles veulent survivre. On déplore l’individualisme du généalogiste, son égoïsme, etc. Mais les associations qui se prennent pour le Jockey Club, font payer un droit d’entrée, font payer des relevés papiers à leurs adhérents, ne communiquent jamais avec leurs adhérents, celles-ci sont destinées à mourir et peut-être faut-il songer à les euthanasier. Mais je suis certain que dans chaque association, il y a des gens volontaires, qui ne demandent qu’à faire évoluer leur structure, qui ne veulent pas être un « club fin-de-race » ou qui ne se prennent pas pour les « gardiens de la mémoire locale » avec une sorte de monopole dessus. Toutes les télés, tous les journaux, toutes les stations de radio évoquent la généalogie comme une passion qui touche de plus en plus de Français. Dans le même temps, les associations se plaignent de voir leur nombre d’adhérents reculer, de voir les bénévoles s’envoler, etc.
Le problème est simple : les associations ne correspondent plus aux besoins des généalogistes. Ce n’est pas aux Français d’évoluer, c’est aux associations de le faire.
Alors, faut-il euthanasier les associations ?
Si certaines le méritent probablement, d’autres sont utiles ou du moins peuvent l’être. Donc ma réponse est non : il ne faut pas euthanasier les associations. Mais elles risquent de ne pas avoir besoin d’un tiers pour les suicider puisque certaines se laissent mourir par leur refus d’évoluer. S’il faut laisser une chance aux associations de changer, cela fait tout de même une décennie que le virage des registres en ligne a été pris…
Et vous, pensez-vous qu’il faille euthanasier les associations ?
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17 réflexions sur “Faut-il euthanasier les associations de généalogie ?”

  1. Il y a pourtant une grosse niche de formation aux outils (logiciel, internet, archives en ligne, utilisation du web) et à la méthode (sources, organisation, etc.) … mais rarement les compétences en interne. Moi ça me dirait bien d'intervenir parfois pour faire de la formation aux outils et méthodo ! je le fais déjà à titre individuel à droite et à gauche..

  2. C'est vrai. Là, c'est de la responsabilité du bureau de trouver (ou de s'auto-former) des gens compétents pour ceux qui veulent apprendre (et je suis sûr qu'ils sont nombreux).

  3. je pense aussi que la formation – aux outils, aux méthodes – est une bonne idée pour les associations. Encore faut il qu'on ait envie d'y adhérer. Habitante des Hauts de Seine, où je n'ai aucun ancêtre, je suis régulièrement à la recherche d'une association généalogique pas trop loin de chez moi, pour justement ce partage. Pour l'instant, chaque fois que j'ai essayé d'en approcher une via son site internet, je me suis sauvée en courant. Si la vitrine de l'association me rappelle l'internet du début des années 1990, je sais que je ne vais pas me sentir dans mon élément. J'avais à une époque râlé sur le fait que les associations ne prennent pas Paypal pour le paiement des cotisations. C'est toujours le cas, il faut payer par chèque pour recevoir le sacro saint ticket de reduction des impots …. Mais si moi je m'en fiche de cette reduction qui en plus me semble fiscalement abhérente – c'est quand meme pas les restos du coeur une association de généalogie – pourquoi je ne peux pas m'abonner aujourd'hui pour 12 mois en payant par Paypal ? Toute strucutre qui ne sait pas évoluer pour s'adapter à son environnement est destinée à disparaître, c'est ainsi que la nature fonctionne, et à ce niveau internet fonctionne de la même façon, juste encore plus vite …

  4. Merci pour votre commentaire et votre retour d'expérience, Brigitte. Personnellement, j'avais adhéré à une association locale dont je n'ai pas eu de nouvelles pendant toute la durée de mon adhésion… Là, je songe à adhérer au Comité du Vieux-Marseille mais j'attends un peu avant de m'engager (et comme vous, si je regarde leur site, je pars en courant).

  5. Une association qui ne dépouille que pour les adhérents à jour de cotisation et disponibles pour venir consulter les relevés à la permanence du vendredi soir, de 20h30 à 22h, est en complet décalage avec son époque. En même temps, "J'dis ça, j'dis rien", puisque je ne cherche qu'en Italie pour le moment 😉 mais mes relevés je les partage sans rien demander en échange (sinon de nouveaux cousins)

  6. Complètement d'accord. Mais je me demande si ce n'est pas le système associatif, lui-même, qui est à sérieusement moderniser parce que ces remarques constructives s'appliqueraient à presque toutes les autres associations (celles hors du champ généalogique).

  7. Je me souviens d'une présentation faite par Guillaume de Morant au congrès de Paris en 2009. Il prédisait déjà la mort de certaines associations si elles ne se diversifiaient pas. On reste donc sur le même schéma.

    Je suis en phase globalement avec ce qui est écrit ci-dessus, mais j'ai toutefois deux remarques:

    – Pour le système global, pour moi, il existe déjà. Cela s'appelle Geneabank. J'adhère à deux cercles bretons et je peux profiter de mes points pour accéder à des relevés faits par d'autres cercles. Tous n’adhèrent pas malheureusement. Un système encore plus global, sous l'égide de la FFG serait surement le bienvenu.

    – Pour la diversification des sources, il y a aussi, il faut bien le reconnaitre, un essoufflement des bénévoles.
    Je suis adhérent du CG22 et du CGHP. Le premier a lancé, en partenariat des AD22, des indexations sur les recensements, les registres matricules. Mais malheureusement, les fourmis se font rares.
    Le CGHP possède une bibliothèque numérique où les adhérents peuvent déposer tout type de document. L'un d'entre notamment fournit un nombre incalculable de documents très riches qu'il a numérisé aux AD. Et les indexeurs là encore se font rares.

  8. J'ai bien ri en lisant votre commentaire. Effectivement, les horaires d'ouverture au local sont ridicules si l'on a besoin, en tant qu'adhérent, de consulter de la documentation.
    Bravo pour vos recherches italiennes. Vous travaillez sur quel coin ?

  9. Vous avez raison, le système associatif est archaïque. J'ai été vice-président de deux associations étudiantes et l'on avait un "business model" totalement différent des autres associations ; on vivait sans subvention ni cotisation, mais avec des partenariats avec le privé et ces associations sont aujourd'hui florissantes. Cet article, certes provocateur, aura j'espère le mérite de secouer le cocotier.

  10. Ca me rappelle les articles de S. Cosson sur le métier de généalogiste : il faut se diversifier et s'adapter pour survivre.
    Je vous rejoins entièrement sur le système Geneabank qui est une bénédiction et je tiens à souligner que je soutiens pleinement toutes les associations qui sont membres de ce système.
    Pour l'essoufflement des bénévoles, vous avez aussi raison. Reste à savoir si c'est parce que les adhérents ne veulent que remonter dans le temps sans connaître la vie de leurs ancêtres, ou si l'association n'encourage pas assez les dépouillements "différents". C'est dommage dans les deux cas car c'est avec des dépouillements différents que le généalogiste pourra s'atteler à produire de la connaissance en faisant la synthèse et en problématisant ses recherches.

  11. Bonjour Jean-Marc
    Tu oublies de dire que le CG22 a été la 1e association à mettre en ligne, gratuitement, en partenariat avec les AD22, ses relevés systématiques : Généarmor était créé en juillet 1999.
    Sinon, cet article est très intéressant et propose beaucoup d'idées que je partage.
    Jean-Claude LE BLOAS
    Président du CG22 de 2004 à 2011
    Secrétaire adjoint de la FFG

  12. Bonjour,
    Tout à fait d'accord avecdaieuxetdailleurs sur l'existence d'une grosse niche de formation aux outils informatiques et à la méthode.Ajoutons-y également , l'accompagnement en salle de lecture.Tout ce qui est susceptible d'intérésser le généalogiste n'est pas numérisé et ne le sera pas.

  13. Bonsoir
    Votre propos est assez vénal. 🙂
    Association florissante ? Vous parlez d'argent ?
    Il existe des associations mettant gratuitement à disposition de tous le fruit de leur travail, sans obligation d'adhésion : ex FranceGenWeb, ex MémorialGenWeb (et peut-être d'autres… ).
    Le modèle est particulier, mais il existe, il marche.
    Stéphane, bénévole Mémorial.

  14. Si c'était au congrès de 2009, c'était à Marne-la-Vallée et c'était donc une conférence de Guillaume Roelly (à l'époque président de FranceGenWeb) et non de Guillaume de Morant.

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