Quel type de généalogiste êtes-vous ?

Après une étude poussée sur 5 millions de généalogistes volontaires, des heures et des heures d’entretiens, des questionnaires, il est temps, moi aussi, de vous livrer une étude sociologique du milieu généalogique. Tous les blogs le font. Alors, Sacrés Ancêtres!, dans sa grande mansuétude, dans sa bonté infinie, dans son sérieux inénarrable, sans humour aucun, vous livre cette grande étude sociologique.
« Chaque généalogiste fait partie d’un ensemble sociologique plus grand qui est égal à la somme des carrés des deux autres côtés » comme disait un sociologue, probablement Emile Durkheim ou Ophélie Winter. C’est à partir de cette citation, hypothèse de travail conséquente, et à partir du matérialisme historique de Friedrich Hayek, que nous allons construire notre objet sociologique : à savoir que le généalogiste peut se retrouver dans plusieurs portraits-types.
Léo M. ou Le généalogiste débutant qui ne sait pas trop où il est tombé
« Bonjour, je débute ma généalogie, et je ne sais pas où chercher le décès de grand-pépé Frumence, je sais juste qu’il s’est marié à Trifouillis-les-Oies.
C’est simple !!! Il faut chercher dans les TD des AD puis aller dans les NMD. Voyons, tout le monde sait ça »
Ce généalogiste débutant, que nous avons appelé Léo M., est en général perdu et ne comprend rien à ce qui l’entoure. Il faut le comprendre. Les autres généalogistes ne l’aident pas vraiment. Alors il copie pleins d’infos qu’il trouve, découvre ses ancêtres au fur et à mesure et décide de devenir lui aussi un grand généalogiste. Pour ce faire, il suit un séminaire de formation auprès de xxxxx (censuré) qui lui enseigne l’art et la manière de devenir un généalogiste sérieux. Car mesdames et messieurs, notez bien, la généalogie, C’EST DU SERIEUX !! C’est pas une passion comme le football ou la peinture sur soie, non, non, non, c’est une passion qui nécessite une rigueur extrême, un dévouement continuel, une remise en question permanente et une auto-flagellation de tous les instants. VOILA !
Euh… pourquoi vous partez tous ?!

Attendez, c’est qu’une étude socio-historico-charlantino-géologique de notre passion. Ce n’est en rien l’avis de votre humble, votre dévoué, votre sexy en lingerie serviteur.
Donc, Léo M. suit cette formation pour tout faire comme il faudrait parce que la généalogie, c’est plus qu’une vocation, c’est un sacerdoce. Après trois coups de lanières cloutées sur le dos pour avoir confondu une dispense d’affinité et une dispense de consanguinité, Léo M. se décide à participer aux forums de généalogie pour aider X ou Y. Mais avant, cela, il doit passer l’initiation. Dans ce rite « anthropologiquement polymorphe » où le « cru et le cuit n’ont plus leur place dans le traitement de l’exogamie incestueuse » nous apprend Lévi-Strauss, Léo M. découvre les mille et une façons de faire partie du clan : il peut devenir président d’association, généablogueur ou troll psychopathologique. Ce sont ces caractéristiques que nous avons étudiées et que nous vous livrons maintenant, dans notre immense bonté.
Roland O., le président d’association ou l’homme qui croyait valoir 3 milliards
« Dans la généalogie associative comme dans le règne animal, vous avez des espèces qui survivent parce qu’elles s’adaptent et d’autres qui disparaissent… et fichtre ! pour certains, on est content quand on s’en débarrasse ! » Charles Darwin.
Roland O. est un homme sûr de lui. Dans les couloirs de la mairie, il s’apprête à s’adresser au stagiaire de l’adjoint à la propreté, pour lui dire qu’en échange de son relevé de Saint-Machin il souhaite un plus grand local pour son association (il en marre de le partager avec l’association des amis des castors à poils gris). Pour convaincre, il a mis son plus beau costume traditionnel, avec un béret, et une paire de charentaises de ville à pompons. Mais le stagiaire, qui travaillait sur Facebook, n’en a cure. AH ! JE VAIS DIRE A TOUS LES MEMBRES DE L’ASSO A QUEL POINT CETTE MAIRIE NE NOUS MERITE PAS.
Car ce cas précis de président d’association généalogique ou de membre « important » est assez étonnant. Roland O. a pris part dans la contestation de l’indexation en ligne des documents d’archives. Il pense, en effet, que puisqu’il fait de la généalogie depuis 20 ans dans son département, qu’il est président, qu’il est un grand spécialiste de la bêtise de Cambrai, il a toute la légitimité pour se plaindre de l’incompétence des autres.
En effet, en généalogie vous avez, et c’est ce que montrent les résultats de cette étude, les généalogistes et les membres « influents » (sic) d’associations. Si certaines associations sont réputées pour leur sérieux et pour leur modestie, pour leur goût du partage et de l’entraide, d’autres associations le sont… un peu moins. Et cela, moins à cause de l’association en elle-même, que de certains membres qui pensent valoir 3 milliards, qui souhaitent devenir la Lady Gaga (ou la Beyoncé) de la généalogie et qui, surtout, se prennent (très) au sérieux. Ce sont souvent eux qui organisent les rites initiatiques comme l’a subi ce pauvre Léo M.
Roland O. cherche la célébrité. Pour cela, il… il… eh bien en fait, il médit sur les autres. Car c’est seulement en abaissant autrui qu’il peut, à terme, espérer sortir du lot. Il se voit déjà sur scène, acclamé par une foule en délire, reconnu par les professeurs d’université, adulé par les adolescentes.
Oui, mesdames et messieurs, la généalogie, dans la tête de certains, c’est une affaire de célébrité. Personnellement, j’ai toujours rêvé de signer des autographes sur des petites culottes usagées ou de dépasser Lady Gaga sur Twitter. Si, si !
Notre ami a décidé de ne pas partager son travail, car il estime que tatie Ursule est sa propriété. Tout partage, même dans le cadre d’un échange, lui paraît suspect, car quid du copyright ? Quid du droit d’auteur ? En effet, tout le monde sait que la généalogie rend riche. D’ailleurs, le généalogiste professionnel vit dans un manoir. Un membre éminent de la généalogie professionnelle, Stéphane C., nous a confié récemment qu’il venait de s’acheter un manoir en Normandie grâce à son salaire mirobolant. Oui, chers lecteurs, la généalogie, ça rapporte. Geneanet, par exemple, vous ment. Après une enquête menée conjointement par Sacrés Ancêtres! et le New-York Times, nous avons découvert qu’ils possèdent un building sur Time Square avec 2 532 employés à temps-plein. Quant à Filae, ils sont réputés avoir des contacts fréquents avec les Illuminati Albinos qui vivent dans les égouts !
Voilà pour l’enquête sur le président d’association. Mais il y a d’autres catégories… Venons-en tout de suite au généablogueur.
Mélanie M., la généablogueuse ou celle qui croit que tout le monde adore la vie de Tatie Godensie
« Les généablogueurs sont une race à part dans l’univers. Nés de l’explosion d’un smartphone, ils tentent d’éclairer leurs comparses de leurs lumières » Stephen Hawking.
Mélanie M. est une fille comme les autres. Jeune, bien habillée, nous l’avions croisé à la gare Montparnasse. Elle avait une oreillette et un micro et racontait ses dernières trouvailles à une amie blogueuse elle aussi. Pendant ce temps, le téléphone à la main, elle faisait un live-tweet de la conversation.
« Ouais, donc, tu sais pas ! Tatie Godensie a épousé un homme qui avait 15 ans de plus qu’elle. D’après le recensement de 1906, elle ne vivait plus avec lui. Moi je dis… ARTICLE !!! »
Et c’est ainsi que tatie Godensie fit la une du Blog de Mélanie M. pendant 3 semaines, avec divers articles, acclamés par certains, retweetés par d’autres, oubliés par tous 10 minutes après. Car le généablogueur, il faut le dire, vit dans l’immédiateté. A part quelques articles qui ont du « succès » encore plusieurs mois ou années après leur parution, la plupart tombent dans les oubliettes.
Alors, à quoi sert le généablogueur ? Mélanie M., qui partageait sur Facebook son article, nous a répondu après avoir consulté son fil RSS. « C’est surtout pour soi que l’on écrit, pour s’amuser dans certains cas, pour savoir où en est de nos recherches pour d’autres, ou pour notre famille, pour qu’ils aient une trace écrite de nos travaux ! » Mélanie M. a vu juste car, d’après notre étude, ces motivations sont les principales pour la quasi-totalité des généablogueurs et blogueuses. Mais, il y a toujours le blog dont on se demande à quoi il sert (le premier qui dit « Sacrés Ancêtres! », il a le droit à la fessée ! non mais !), le blog qui se prend trop au sérieux, le blog qui te dit presque quoi penser. Mélanie M. nous rassure « Bien sûr, comme partout, y en a toujours qui pètent plus haut que leur c**, mais suffit de laisser péter, hihi ! tiens je vais tweeter cette blague.
Mélanie…
Euh oui… Donc, faut laisser tomber. La généalogie, c’est pour s’amuser, ceux qui cherchent à être célèbres ou à s’imposer, faut juste faire comme s’ils n’existaient pas ! »
En conclusion de cette brève partie sur les généablogueurs, nous pouvons dire, à l’instar de Husserl, que « le blog généalogique est avant tout une occupation personnelle dans un réseau social et que chaque blog doit être vu comme résultant d’une initiative personnelle. Toute quête de célébrité ou de légitimation via un blog c’est du caca-boudin. »
Guy B., le troll psychopathologique ou l’homme qui venait du Mordor
« Vous ne passerez pas !!!!! » Gandalf
Guy B. était dans un cyber-café quand nous l’avons rencontré. Il profitait de l’anonymat de son adresse IP pour envoyer des mails injurieux à des généalogistes ou à arpenter les forums pour dispenser son art du trollage.
« Ha ha ! Aujourd’hui, j’ai envoyé un commentaire anonyme pour dire tout le mal que je pensais d’un type ! C’est de sa faute si tout va mal !! La généalogie dépérit de par ses actions malsaines et son arbre généalogique dont le tronc est pourri. En plus, il est responsable de la crise des subprimes, j’en suis sûr. Sans parler du réchauffement climatique !
Roland O. ? C’est vous ? »
Ainsi le troll psychopathologique est souvent en mal de reconnaissance et tente de nuire tant qu’il peut. Il envoie des mails, des commentaires ou poste sur les forums. Il vous dit tout le mal qu’il pense de vous (de manière anonyme), le dit en face ou dans votre dos, et surtout ! surtout ! va critiquer tout ce que vous ferez sans proposer d’alternatives.
En général, c’est du genre :
« Bonjour, j’aimerais savoir s’il est quelqu’un va aux AD du Nord ?
Pas moi !! HAHAHAHAHAHAHAHA »
Ou encore :
« J’aimerais lancer un projet.
Oh non, ça sert à rien. HAHAHAHAHAHAHA »
En général, quand il s’exprime longuement il vous fera plusieurs reproches :
1. Vous êtes la cause de tous les maux.
2. Vous êtes un incapable incompétent débile.
2bis. Mais surtout vous n’êtes pas modeste, vous êtes même prétentieux.
3. Vous êtes un charlatan.
D’ailleurs, ces reproches, Guy B. nous l’avoue, ne sont pas argumentés : « Bah non ! Pfff ! Vou êtes vraiment débile ! On fait pas de l’argumentation, on fait de l’injure. Donc en général, y a pas de fondement. On critique tout et n’importe quoi. Le plus souvent, notre seul argument, c’est qu’on a trouvé une faute d’orthographe dans l’article ou le message HAHAHAHAHAHAHAHA »
Le seul moyen de vaincre le troll, c’est de ne pas le nourrir. Donc de l’ignorer. Mais cette étude, très sérieuse, à qui l’Année Sociologique consacrera tout un numéro, ne prend pas en compte une catégorie de généalogiste :
Le généalogiste normal
C’est en général celui ou celle qui pratique sa passion de manière plus anonyme et plus détendue. J’aurais pu vous parler de ceux que j’ai interviewé dans le cadre de cette étude universitaire, mais, franchement, hein ! entre vous et moi, ce serait moins drôle non 😉
Conclusion 

« La généalogie, c’est un monde de bisounours, mais il y a toujours Gargamel dans un coin qui va venir pour tout gâcher. Alors, ne vous laissez pas abattre, ignorez les Gargamel et faites un banquet ! » Socrate

Avant tout, la généalogie, c’est une activité de loisirs, une passion qui nous anime ou pas. Mais bon, il y a toujours des clowns tristes dans l’histoire. Je propose donc que l’on s’aime les uns et les autres, et je suis sûr que même notre troll peut devenir gentil !
N’oublions pas que notre passion commune pour la recherche et une meilleure connaissance de nos ancêtres est un loisir. Ne nous prenons pas trop au sérieux ! Rions de nous-mêmes !


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11 réflexions sur “Quel type de généalogiste êtes-vous ?”

  1. Je me demande si tu ne t'es pas librement inspiré de ma vie en me féminisant pour devenir une Mélanie M (je vais poser la question sur Twitter, voir faire un sondage via un Google Forms). D'ailleurs, je vais probablement demander un copyright (ah oui, j'ai oublié de te prévenir, j'ai un projet de monter une asso dont je serais le Président.) Cette association fera vite partie des GAFA, je compte même racheter très rapidement Facebook et Google. Et pour tout dire, mon plan secret est de prendre le contrôle d'Internet avec mes amis Les Loutres (les Illuminati, c'est has-been).

    Plus sérieusement, c'est tout simplement excellent.

  2. J'aime ces portraits acérés où nous reconnaissons tous quelqu'un. C'est bien l'univers de la généalogie. La critique violente ou douce, amusante, perverse et déguisée, pertinente ou impertinente est toujours constructive.

    On décode le monde à l'aulne de sa compréhension.

    1) les débutants? nous sommes tous des débutants pour des personnes ayant un niveau supérieur.
    2) Les Léo M ne me dérangent pas, à chacun ses illusions du moment que je puisse apprendre de lui, je m'estime heureux et cela m'amuserait de le taquiner.

    3) Le trollisme apporte des débats qui si ils sont houleux, forcent la reflexion et exhibent les limites.

    4) Roland O, je ne le rencontre pas. Je ne supporte pas le vieux monde associatif conscient que internet va le tuer. Il remue encore, mais il pue le cadavre agonisant. La célébrité en généalogie pour quoi faire? On ne peut s'y gonfler l'ego, mais on espère tous toucher des cousins éloignés et échanger avec des personnes qui peuvent nous apporter une matière nouvelle. Il faut pas rêver, notre blog, n'intéresse qu'une infîme minorité de personnes même avec un nombre conséquent d'affiliés. La généalogie concerne que les ancêtre en commun, on en a rien à battre des ancêtres de parfaits inconnus qui néanmoins peuvent de temps à autre nous interpeller pour une raison où une autre.

    5) Celui ou celle qui pratique sa passion de manière plus anonyme et plus détendue, m'est souvent très pénible à lire même quand il parle de sujets qui me touchent. J'aime ceux qui s'exposent dans des constats difficiles, qui doutent, qui ont des coups de gueule. Ce billet en est l'exemple, il m'a fait réagir, car on peut s'imaginer y identifier des blogs connus. La conclusion me fait sourire, revoilou le temps de l'île aux enfants, mais la dernière phrase est "top". Il ne faut pas se prendre au sérieux, il est sain de rire de soi, mais il est encore plus sain de ne pas subir le poids des conventions et du politiquement correct. Un peu d'audace, de muscles, de fragilité.. être authentique et ne pas avoir peur du regard de l'autre apporte de la vie dans nos soporifiques narrations!

    Bonne continuation, j'ai pris bcp de plaisir à lire ce billet .

  3. Merci beaucoup !

    Je ne peux divulguer mes sources, en tant que sociologue de renom (ou du moins ayant un nom). Je ne doute pas de tes plans machiavéliques, surtout si les Loutres sont impliquées O_O

    Merci encore pour ton commentaire qui m'a bien fait rire !

    Thomas de Sacrés Ancêtres!

  4. Je suis bien content que ce billet t'ait plu. Tu poses des réflexions très intéressantes.
    Je dois avouer que j'ai (un peu) de tendresse pour chacune de ces "personnalités" car elles ont toutes un rôle à jouer dans le développement de la généalogie.
    Le trollisme justement n'apporte pas le débat. Je différencie le troll de la personne de mauvaise humeur, un peu cynique, qui lance des pavés dans la mare. Le principe du troll c'est qu'il n'apporte rien. Mais tu as raison, certains commentaires, parfois très peu sympathique, peuvent pousser à la réflexion sur soi et sur sa pratique de la généalogie.

    Pour les anonymes, je ne pensais pas aux généablogueurs, mais plutôt à ceux qui publient simplement leur arbre en ligne, sans, comme nous, se prendre la tête. Ils ont une autre pratique de la généalogie. Nous, on aime bien se chamailler, en général c'est bon enfant. C'est pour ça (et tu l'as remarqué), que la conclusion est gentillette, parce que je souhaite avant tout que chacun rie de soi, je ne souhaite pas exacerber les tensions. C'est en riant de soi qu'on devient moins rigide. C'est du moins mon opinion.

    En tout cas, merci beaucoup de ton commentaire vraiment très intéressant. A bientôt !

    Thomas, de Sacrés Ancêtres!

  5. Merci !!

    Je n'étais malheureusement pas au Havre, j'aurais bien aimé voir ces congressistes que tu évoques. Ca m'aurait donné des idées d'articles ! (Mélanie, sort de ce corps !!)

    Encore merci pour ton commentaire,
    Thomas, de Sacrés Ancêtres!

  6. Ok, merci pour la précision concernant le trollisme. Il est vrai que je l'ai assimillé arbitrairement à la prose de l'emmerdeur à l'esprit très critique qui nous sort de notre bulle de confort. J'ai également bcp de tendresse pour toutes ces personnalités. Nous avons tous nos travers et on les retrouvent peu ou prou dans cet excellent billet 🙂

  7. Et voilà maintenant que toutes ces révélations ont été faites, je dois faire face à la cruelle réalité !

    Les gens vont maintenant comprendre comment j'ai réussi à acheter cette luxueuse toulousaine avec mon travail de consultant informatique. Ils vont comprendre que mes revenus sont en fait boostés par mes recherches généalogiques sur Tata Ursule et Tonton Polochon.

    J'ai bien ri merci pour ce bel article !

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