Se réinventer en généalogie

La généalogie est une passion qui nous prend et ne nous lâche plus. Pourtant, par moments, on a des doutes sur nos méthodes, notre manière d’appréhender les documents, etc. Il faut alors peut-être songer à se « réinventer ».

Oui, le terme est un peu fort, mais vous pouvez voir, dans votre carrière de généalogiste, qu’à un moment, tout change… ou presque ! C’est ce qu’il m’est arrivé il y a quelques années quand j’ai décidé de reprendre tout mon arbre afin de mieux traiter les documents d’archives et certains détails comme les témoins (qui ne sont pas si anodins !).

Sans aller jusqu’à redémarrer votre arbre, je peux donner un petit conseil personnel : relire des actes étudiés il y a longtemps, notamment si c’était à une période où l’on prêtait moins attention aux détails. Ca permet de vérifier s’il n’y a pas eu un oubli de votre part, une mention, quoi que ce soit qui puisse vous permettre de mieux connaître votre ancêtre.

Se réinventer, c’est aussi innover. Changer de manière de faire. L’informatique et notamment les archives en ligne ont été un tournant en généalogie. Les bases de données aussi. Elles vous permettent d’avoir rapidement des fratries, des cousinages ou des aïeux directement. Et avec les AD en ligne, vous pouvez avoir accès à l’acte très vite. D’autre sources s’offrent à vous, comme les journaux, les archives non numérisées mais aussi d’autres ressources.
Utiliser une carte postale ancienne pour illustrer un village, profiter des numérisations des bénévoles sur Geneanet par exemple, lire un bouquin soit régionnaliste soit sur une profession, tout cela permet au généalogiste de mieux comprendre le passé de ses ancêtres et peut-être de trouver aussi de nouvelles méthodes pour son propre traitement des données.

Ca vous paraît abstrait, et c’est assez vrai. C’est pourquoi je vais vous donner un exemple concret.

Mes recherches sur la famille patronymique de ma mère m’ont fait remonté jusqu’au temps des guerres de Religion. Un certain Salomon Lombard est un des plus vieux ancêtres connus. Il avait une certaine aisance et, surtout, il a passé pas mal d’actes chez les notaires dans le sud de Vaucluse (Tour-d’Aigues et Lourmarin, notamment).
Comment traiter tout cela ? Comment traiter des dizaines d’actes notariés sur une même personne ?
En vous posant des questions. Du moins en posant des questions aux documents. Un acte de vente peut dire des tonnes de choses. Mais vous, que voulez-vous savoir grâce à ce document ? Voulez-vous juste savoir le prix de la transaction, les noms des parties ? Ou voulez-vous savoir si ce type de vente est fréquent ?
Suivant votre question, votre recherche va être différente.
Le prix de transaction, le nom des parties, vous aurez ça directement dans l’acte, limite si le notaire l’a pas souligné en rouge.
Pour aller au-delà, il peut être intéressant de prendre le registre complet et de regarder « combien de ventes » « quels prix » « qui vend, qui achète ». C’est à vous de construire votre connaissance de l’ancêtre en question et, par exemple, on ne connaît pas véritablement la valeur d’une somme d’argent au XVIIe ; il faut comparer avec d’autres ventes, voir les sommes et avoir enfin une idée de grandeur.

Si votre but est surtout de faire des liens généalogiques, vous n’aurez pas forcément besoin de tout ce travail de contextualisation. Mais vous devrez aussi vous poser des questions. Pourquoi « Jeanne Dupont » est la marraine de « Jeanne Durand » ? Peut-être y a-t-il un lien de parenté, un lien par alliance, un lien professionnel avec les parents, etc. Les parrains, plus encore que les témoins, sont d’une importance cruciale et souvent vous débloqueront un arbre. Prenons encore un exemple :
Mon ancêtre Jean Bidule a eu de son épouse un fils : Pierre Bidule. Son parrain est Pierre Machin et sa marraine Anne Truc. Sans liens de parenté notés ou apparents.
Vous aimeriez savoir qui sont les parents de Jean Bidule, mais vous n’avez pas son acte de mariage.
Par contre, vous trouvez, bien avant, un acte de baptême d’un Jean Bidule fils de Paul Bidule et d’Anne Truc. Est-ce le vôtre ?
Probablement. Pourquoi ? Parce que le premier baptême donne comme marraine Anne Truc. Et là, vous avez bien une Anne Truc mère d’un Jean Bidule. Si l’on ne peut être sûr à 100%, la probabilité est très élevée. Il faut garder en tête que la généalogie, notamment « lointaine », est avant tout affaire d’hypothèses plus ou moins probables !
C’est pourquoi il faut toujours noter les parrains et marraines, même si vous faites une généalogie « simple », avec seulement les liens de parenté, sans creuser davantage l’histoire familiale.

Ce sont de petites choses, que beaucoup font probablement. Malgré tout, quand j’ai commencé, je ne le faisais pas. Au fur et à mesure, j’ai pris conscience de certaines choses importantes à faire et me suis aussi inspiré de diverses lectures. C’est ainsi qu’on se réinvente. On peut affiner ses connaissances et surtout, renouveler le plaisir de la recherche.

Un dernier point pourrait concerner le « blogging ». Un blog, quand il est un peu vieux (celui-ci a fêté ses 8 ans il y a quelques mois) doit aussi se réinventer, se renouveler. Il faut trouver de nouvelles idées (et du temps pour écrire, ce qui m’a beaucoup manqué !) car on peut avoir vite fait le tour. Encore une fois, tout dépend de ce que vous voulez raconter. Si c’est pour parler de tous vos ancêtres, alors, vous avez de quoi faire pour plusieurs vies, mais, si vous avez d’autres envies, c’est pas évident.
Je reviendrai sur les blogs de généalogie dans un autre article, mais je souhaitais vous en parler brièvement parce que, si « Sacrés Ancêtres! » ne se réinventent pas totalement, gardant son côté « va-t-il publier un article sérieux ou encore déconner sous LSD ? », je peux vous dire que le blog devrait un peu s’activer dans la période qui arrive.

La conclusion de cet article est simple : Eclatez-vous et pensez à sortir des normes. La généalogie est un loisir pour la plupart d’entre nous, amusez-vous à émettre des hypothèses, à revoir des documents en vous posant toutes les questions possibles.
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3 réflexions sur “Se réinventer en généalogie”

  1. J'ai beaucoup apprécié cet article ! La contextualisation nous apporte des éclairages importants qui nous aident à mieux comprendre nos ancêtres. Notre époque est tellement différente qu'il nous est difficile de nous projeter sur la réalité de leur vie. Par exemple, sur l'argent, il serait bien hasardeux de convertir en euros le prix d'un bien immobilier. Par contre, le comparer avec d'autres biens de cette époque est plus intéressant car cela permet d'appréhender sa valeur. Cela demande plus de temps, mais ça vaut le coup !
    Je travaille aussi beaucoup en me documentant sur la base d'articles scientifiques, de livres anciens ou de documents d'époque.
    Merci à nouveau pour cet article !

  2. Merci pour ce texte plein de sagesse. Dans ce monde où l'immédiateté et la réaction priment, se poser, penser, peser, proposer, essayer sont des verbes dont le sens disparaît peu à peu. Alors, oui, réfléchissons et réinventons nos usages et peut être aussi nos buts de généalogistes et comme vous le dites : amusons nous !

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