Bons baisers de Joinville

Il est temps d’en parler.
De mes ancêtres. Et pas n’importe lesquels.
Les Belbaisier, de Joinville (ça y est ? vous avez compris la blague du titre ? C’est drôle, hein ? non ? bref…)
Y a pas que les Belsaisier, mais j’avais pas d’autre idée pour un titre. Quoi qu’il en soit, ces familles sont toutes plus ou moins vigneronnes et se trouvent dans des communes de Haute-Marne très proches : Thonnance-les-Joinville, Suzannecourt et Joinville.
Pour ça je vais vous parler de deux quêtes dignes de bouquins d’héroïc fantasy. Mon but n’est pas de remonter là où ce n’est pas possible, mais quand je vois des noms que je connais, cités dans un acte, j’ai envie de les rattacher à l’arbre. Et là, ça devient compliqué.
Commençons par la brave Louise Prignot. Cette brave ancêtre à la 10e génération, née en 1690 est la fille de Pierre Prignot et de Geneviève Regnier qui se marient en 1674 à Thonnance-les-Joinville avec un mariage filiatif très classique. Puis ça se complique.
Geneviève est la fille de René Regnier et de Louise Belbaisier. Elle a une soeur, Lucie, qui épouse Jacques Turreau. Ce dernier est témoin au mariage de Geneviève. Mais comme on a les parents, on est content. Oui ? oui ! On trouve même leur magnifique acte de mariage !!!
René Regner de la paroisse de Thonance espouse Louyse Belbezier d’icy le 24
 
Ca, c’est le genre d’acte frustrant. Vraiment frustrant. Mais après, ça devient la fête à la migraine. Déjà, René Regnier meurt rapidement et sa femme se remarie avec un certain Philippe Turreau qui n’est autre que le père de Jacques Turreau qui épousera la fille de René neuf ans après le mariage de ce Philippe avec sa mère. Mais passons, c’est plutôt classique comme disposition matrimoniale (si, si, j’vous jure).
Là où ma quête héroïque a été déclenchée c’est au décès de Louise Belbaisier, en 1672. Deux témoins : Etienne Laganne et Nicolas Laganne. Le premier est présenté comme l’oncle et le second comme le cousin de la défunte. Nicolas est curé et est probablement le fils d’Etienne. Mais je les relie comment, hein ?
Je trouve sur Joinville un seul Etienne Laganne, qui épouse en 1625 Henriette Aubert. Donc c’est un oncle, nous avons dit. Soit la mère de Louise Belbaisier est une Laganne, soit c’est une Aubert. Ce sont les deux possibilités les plus fréquentes (les demi-oncles et tantes restant une hypothèse).
Mais, lorsque la fille de Louise, Lucie Regnier se marie, cet Etienne est là. Et il est dit qu’il est son oncle. Le problème est relativement simple : il est l’oncle de la fille et de la mère ; probablement que comme on ne disait pas « oncle par alliance » à tous les coups, on ne précisait pas le degré « oncle » ou « grand-oncle ».
Comment s’en sortir ?
Il faut travailler non seulement sa branche sûre, mais aussi celle hypothétique. Il faut relever TOUS les témoins de chaque acte, y compris ceux dont le nom ne vous parle pas et bien sûr ceux où le lien de parenté n’est pas explicité.
Voilà ce qu’il s’est passé pour cette branche :
Louise Belbaisier a un oncle, Etienne Laganne. Ce nom est très rare dans le coin. Celui-ci a probablement un fils, Nicolas.
On trouve en 1625 à Joinville le mariage d’Etienne Laganne et d’Henriette Aubert : ils sont les parents de Nicolas, curé. Tout colle.
Faisons une recherche sur les Belbaisier. On trouve, en 1612 à Joinville, le mariage de Claude Belbaisier et de Louise Aubert.
Si on admet que Claude et Louise Aubert sont les parents de Louise et que Henriette Aubert (épouse Laganne) est la soeur de Louise Aubert, alors le lien de parenté oncle/nièce serait bon.
Mais les actes de mariages ne sont pas filiatifs et ne contiennent aucun témoin. On a, a priori, la filiation, mais ça manque de documents pour étayer.
Louise Belbaisier est décédée en 1672 (avec la présence d’Etienne et Nicolas Laganne). On la dit âgée de 48 ans environ. Les Belbaisier ne courent pas les rues à Joinville. Les Louise Belbaisier encore moins. Et les Louise Belbaisier qui seraient nées vers 1624 ? Mieux, et les Louise Belbaisier nées en 1624 et filles de Claude Belbaisier et de Louise Aubert ?
Car en effet, on trouve Louise baptisée en 1624, fille de ceux que l’on « soupçonnait » être ses parents. Cela accrédite la thèse selon laquelle Henriette Aubert épouse Laganne et Louise Aubert épouse Belbaisier seraient soeurs. Si je vous dis que j’ai trouvé une Henriette Aubert baptisée en 1602 et une Louise Aubert baptisée en 1595 toutes deux soeurs, filles de Claude Aubert et d’une certaine Colombe, je pense que j’ai gagné le réconfort de voir mon hypothèse juste ainsi qu’une boîte de Dolipranes.
Du coup, le lendemain, j’ai décidé de poursuivre mes recherches pépères sur les vignerons. Et je suis tombé sur des ancêtres qui ont, eux aussi, décidé de m’embêter. Je vous présente les Jobart. Un nom pareil, pour une telle situation, ça s’invente pas !
Je suis tranquille, devant mon PC, archives de la Haute Marne prêtes à exploitation intensive et voilà un couple d’ancêtres :
Jean Martinot et Antoinette Jobart. Leurs enfants (6 de connus) sont nés à Thonnance-les-Joinville, mais les époux se sont mariés à côté, à Suzannecourt. Je déteste cette paroisse.
Vous vous souvenez l’acte de mariage au-dessus ? Bah à Suzannecourt, c’est pas ça. C’est un acte qui prend une page entière. Mais l’acte est sans filiation. La première fois, j’étais content puis j’ai commencé à lire l’acte en me demandant comment on pouvait être aussi précis sur la date des publications, sur les références au Concile de Trente, sur le fait que « moidit curé Blabla de ce lieu avec l’autorisation, l’autorité, blabla » et pas dire le nom d’un seul parent. On voit qu’en fait, à ce moment là, pour ce curé, le plus important n’était pas les parents. Les époux étaient identifiés et l’important résidait ailleurs (la légalité et sacralité de l’union).
Mais ça reste frustrant.
Donc voilà que le couple Martinot/Jobart se marie en 1694. L’époux a 28 ans et vient de Gourzon, l’épouse 18 et est de ce lieu.
On va s’intéresser à cette Antoinette Jobart. Notons que cet acte de mariage a un avantage : il cite des témoins. Sans lien de parenté donné, mais des témoins. En fait, il y a 5 témoins et 4 sont reliés à l’épouse (mais ça, on le sait pas encore) :
– Jean Gonthier, Pierre Jobart, Etienne Rozot et Antoine Ridde.
Pierre Jobart, on s’en doute, il a le même nom, mais les autres ? Et à quel degré ?
On utilise la même procédure. On cherche à la fois des infos sur le couple Martinot/Jobart et sur les témoins.
Le premier à attirer mon attention est cet Etienne Rozot.
En effet, en cherchant les enfants du couple Martinot/Jobart, j’ai bien sûr noté les parrains et marraines. La fille aînée du couple, Marie, est baptisée en 1695. Elle reçoit en parrain Etienne Rozot. En marraine Marie Aubert. (Je vous vois venir : Ah Aubert ! Comme l’autre famille en début d’article ! Alors… oui, c’est la même famille, je sais pas encore comment, mais arrêtez de m’embêter).
Il se trouve que je trouve une Marie Aubert qui épouse un Pierre Jobart. Probablement le témoin du mariage.
Et cet Etienne Rozot, encore présent, m’intrigue. Je le retrouve. Il épouse un mois avant le mariage Martinot/Jobart, donc toujours en 1694 et en plus à Suzannecourt, une certaine Jeanne Jobart. Un mois d’écart, même village, même nom… A ce mariage, comme à celui d’Antoinette, est présent Jean Gonthier.
L’hypothèse est que Jeanne épouse Rozot et Antoinette épouse Martinot, sont soeurs. Surtout que Jeanne Jobart est la marraine de Nicolas, fils d’Antoinette, en 1701.
D’après son mariage Antoinette serait née vers 1676. D’après le sien, Jeanne serait née vers 1672. Rien à Suzannecourt, ni à Thonnance-les-Joinville. Par contre à Joinville, on a une Antoinette Jobart baptisée le 01/01/1675 et une Jeanne Jobart baptisée en 1672. Toutes deux sont soeurs. Elles sont les filles de Claude Jobart et de Magdeleine Ridde.
L’hypothèse est renforcée par le témoin Antoine Ridde au mariage Jobart/Martinot. Au baptême de Claude Jobart fils de Claude et de Magdeleine Ridde, la marraine est Gabrielle Chiquet que je connais sur Thonnance-les-Joinville car elle était l’épouse de René Ridde et la grand-mère d’Antoine Ridde. Claude Jobart étant l’aîné, il semble bien qu’on fasse intervenir sa grand-mère au baptême.
Ce qui est problématique, c’est qu’on trouve deux Claude Jobart. L’un est marié à Rose Loiselier, l’autre à Magdeleine Ridde.
Claude Jobart époux de Rose Loiselier est fils de Claude. Moi j’ai un Claude qui épouse Magdeleine Ridde et qui a un gosse qui s’appelle Claude.
Le prénom semble bien ancré dans la ou les famille(s) Jobart. Mon hypothèse de travail a été la suivante : Claude Jobart a épousé Rose Loiselier, puis, veuf, il s’est remarié à Magdeleine Ridde. Et je pense que c’est juste. Voyons les éléments :
– Claude Jobart et Rose Loiselier se marient en 1660 et ont une fille Marie, née en 1661. Une Rose Loiselier décède en décembre 1664. Claude Jobart épouse Magdeleine Ridde en 1666 et ils ont 4 enfants. Magdeleine Ride décède en 1675 et Claude Jobart en 1676. L’enchaînement est cohérent. Premier mariage, enfant, veuvage, remariage, enfants, décès. Tout correspond.
Marie Jobart, fille de Claude et Rose Loiselier se marie en 1677. L’acte est filiatif et ses deux parents sont morts. La surprise du chef étant que son époux est Jean Gonthier. Le même Jean Gonthier témoins au mariage de Jeanne Jobart avec Etienne Rozot et au mariage d’Antoinette Jobart et Jean Martinot. Ces deux filles sont soeurs. Leur père et leur mère sont décédés. Ce Jean Gonthier, s’il était bien l’époux de la (demi) soeur aînée, ne serait-il pas le plus proche parent masculin de ces deux filles ?
Antoinette Jobart a eu une fille, Marie Anne Martinot, baptisée en 1704. Sa marraine est Marie Anne Gonthier, fille de Jean.
Les liens, très étroits, soutiennent fortement cette hypothèse d’un remariage. Bien que les actes soient muets.
Voici quelques actes, pour vous donner une idée du peu d’infos qu’on a à chaque fois :
Ce jourd’huy 23me novembre 1666 Claude Jobard marchand de Joinville et Magdeleine Ride ont receu la benediction nuptialle en l’esglise de Thonnance par moy curé soubsigné
 
Claude Jobart espouse Roze Loiselier toutz deux d’icy, le dimanche 20me
 
Le 25 Rose Loyselier (oui, oui, c’est un acte ou plutôt mention mais la seule, d’une inhumation)
Pour conclure, Claude Jobart époux Loiselier puis Ridde, est bien le fils de Claude Jobart et de Marie Paillet. Il a été baptisé en 1639 et a un très petit frère, baptisé en 1657. Un certain Pierre Jobart, témoin au mariage d’Antoinette Jobart et Jean Martinot (il serait donc oncle de l’épouse). Et ce Pierre Jobart a épousé Marie Aubert, marraine de Marie Martinot, fille d’Antoinette Jobart.
Comme on est dans un article avec un titre blagounette sur les Belbaiser de Joinville, si je vous dis que Marie Aubert est la fille Nicolas Aubert et de Sébastienne… Belbaisier ?
Vous me croirez désormais quand je vous dirai qu’à Joinville, il y a un complot créé dès le XVIe siècle, dans le but de me nuire ?
Sans paraître paranoïaque et égocentrique c’est une hypothèse sur laquelle je travaille !
Sur ce, merci de m’avoir lu et n’oubliez pas la morale généalogique de cette histoire :
Suivez vos intuitions, notez systématiquement les témoins, en particulier les parrains et marraines, et surtout étudiez les autres familles.
Partagez sur

2 réflexions sur “Bons baisers de Joinville”

  1. Suivez vos intuitions, faites des hypothèses, étudiez les témoins, …. et àParis j'ajouterai le plaisir de ne travailler qu'avec des actes notariés ou des insinuations, histoire de s'amuser comme des fous. C'est compliqué, ca prend du temps, ca coute cher en doliprane, mais qu'est ce que c'est amusant 🙂

  2. De la patience et beaucoup d’humour, et voilà comment retrouver les sources pour relier les individus dans ton arbre.
    Un billet à lire jusqu’à l’essentielle dernière phrase.

Répondre à Brigitte S Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.